A quand j'en aurai plus,
Citlali
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Le second problème fondamental du système actuel tient à des seuils d'attribution très abrupts : les classes moyennes sont laissées de côté par les aides publiques mais elles ne sont pas capables d'assurer le coût des études de leurs rejetons. De plus, si les étudiants travaillent parallèlement à leurs études, ils voient leurs aides réduites et ne peuvent plus toucher l'ALS (allocation de logement à caractère social), ce qui est particulièrement désincitatif et injuste.
Le rapport de M.Wauquiez envisage plusieurs changement radicaux dans le système des bourses. Tout d'abord, il instituerait une allocation de rentrée universitaire qui permettrait aux étudiants de faire face au mois le plus dur de l'année. L'effort financier induit s'élèverait à 100 millions d'euros. C'est utile mais primordial.
Sa deuxième proposition l'est davantage : il instaurerait une bourse unique et proportionnelle, à l'allemande, qui permettrait d'éviter les effets de seuil et assurerait une plus grande équité entre les étudiants. Il appelle aussi de ses voeux le décontingentement et le déplafonnement des bourses au mérite, très généreuses à l'heure actuelle mais ne pouvant bénéficier qu'aux étudiants déjà boursiers.
L'instauration d'une aide unique et proportionnelle paraît être la solution idéale et elle l'est certainement. Cependant, les critiques répétées du rapport sur les inégalités entre zones géographiques (par exemple celles relatives au tarif des transports pour les étudiants) vont bien au-delà du débat sur les bourses.
Autant, l'harmonisation et la simplification des aides provenant d'institutions nationales (droit à un prêt étudiant à taux 0, bourses nationale unique, extension du système locapass) sont souhaitables, autant la volonté d'égaliser toutes les aides régionales revient à nier la possibilité pour les régions de mener une politique qui leur soit propre.
Cela va à l'encontre de l'effort de décentralisation de ces dernières décennies et prouve les réticences viscérales du personnel politique français, et certainement d'une majorité de l'électorat, à admettre des politiques différenciées entre régions. Dans de nombreux pays voisins, par exemple l'Allemagne ou l'Espagne, celles-ci ne posent pas de problème. Une politique d'attractivité territoriale vis-à-vis de la population étudiante ne me paraît pas choquante. L'université de Laponie offre depuis l'année dernière un ordinateur portable aux étudiants finlandais qui se lancent à passer quelques mois de l'année dans le noir, personne ne s'est offusqué de l'inégalité entre étudiants que cette initiative créait de fait.
Une harmonisation des bourses nationales pourrait constituer une base sur laquelle se grefferaient les aides régionales, mais vouloir uniformiser tout le système pourrait paraître une « fausse bonne idée »...
Apparu récemment dans le débat public, le sort réservé aux jeunes a fait l'objet de deux rapports du député Laurent Wauquiez : l'un sur la santé et la protection sociale des étudiants, l'autre sur les bourses.
Ils montrent tous deux à quel point notre société a cessé de se préoccuper des juniors... quelques mots sur la santé tout d'abord.
Premier constat : les étudiants se considèrent et sont considérés comme des gens en plein santé et négligent ainsi certains soins réguliers comme les soins dentaires et les soins optiques. Ce phénomène est aussi lié à la faiblesse du nombre d'étudiants bénéficiant d'une mutuelle. La sécurité sociale étudiante coûte 189 € par an, à débourser en une fois, ce qui peut déjà être un souci pour certains. Dès qu'il s'agit de payer une mutuelle (et pour avoir un remboursement dentaire/optique, ce sont les plus chères) le porte-monnaie étudiant ne suit plus.
Le rapport de l'assemblée nationale contient trois propositions intéressantes sur le sujet : rattacher tous les étudiants au même régime (même ceux qui travaillent en parralèle), fractionner le paiement de la cotisation de sécurité sociale et instaurer un chèque santé. Ce chèque pourrait correspondre à une visite généraliste / dentiste / ophtalmo, un bilan des vaccinations et une consultation d'addictologie (là, je trouve que L.Wauquiez y va un peu fort quand même !). Personnellement, après avoir fait de nombreuses inscriptions dans l'enseignement supérieur, je n'ai jamais eu le droit à la visite médicale dite « obligatoire ». Personne ne m'a jamais convoquée d'ailleurs.
Mais le rapport ne s'en tient pas là et il insiste sur le mal-être généralisé chez les étudiants. C'est là qu'il devient vraiment intéressant, même s'il suffit de mettre le pied à Bron (un des sites de Lyon II) pour se rendre compte qu'avec un cadre de travail aussi glauque, il y a de quoi déprimer... c'est un des titres du rapport : « des campus universitaires souvent déprimants », auxquels s'ajoutent « des conditions de vie souvent précaires » et « les dysfonctionnement de l'enseignement supérieur », et de passer en revue les taux de suicide (plus hauts que la moyenne nationale) et les taux d'accès aux psychologues (plus bas).
Conclusion du benjamin de l'assemblée : urgence de ne pas attendre et de mettre en contact les services du ministère de l'éducation avec ceux de la santé. C'est vraiment bien mais il y a tant de lettres mortes dans les bureaux administratifs...
Le 5 décembre dernier se sont achevés les Etats généraux de l'alcool, forums présents dans les 26 régions françaises.
Pour commencer à réfléchir sur le phénomène de l'alcool en France, je vous propose quelques chiffres évocateurs (ou déprimants, c'est selon) tirés du Plan gouvernemental de lutte contre les drogues illicites, le tabac et l'alcool, 2004-2008 :
en 2002, la France occupe la 4e place des pays européens en consommation de litres d'alcool par habitant et par an.
le nombre de décès annuels attribuables à l'alcool en France en 2000 est de 45 000.
l'alcool contribue à 14% des décès masculins et 3% des décès féminins.
le nombre des consommateurs à problème est estimé en France entre 4 et 5 millions de personnes, dont 2 millions sont dépendantes. Imaginez le tout Paris ivre mort sur la chaussée...
21% des 18-75 ans consomment de l'alcool tous les jours, 9% présentent un risque de consommation problématique, dépendance actuelle ou passée.
la première consommation d'alcool se situe vers 14 ans en moyenne et la première ivresse 2 ans après en moyenne.
L'alcool ont un impact sanitaire et social très fort en raison de la taille des populations concernées, du caractère durable de cette consommation au cours de la vie, mais aussi de la dimension sociale et culturelle. La mobilisation des pouvoirs publics contre la consommation d'alcool a été tardive. Ce n'est qu'en 1999 que la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie étend son champ d'activités à l'ensemble des produits psychoactifs, dont le tabac et l'alcool.
Dans les années 2000 se sont succédés les campagnes publicitaires. Beaucoup d'actions ont été réalisées à l'aide de diffusion de spots à la télévision, guide pratique à destination des professionnels, dépliants d'information pour le grand public, emails et des sms.
Le ciblage sur les accidents de la route a été un succès et ce pour deux raisons : les moyens consacrés aux campagnes ont été importants et relayés par les médias, et surtout, il y avait une sanction par les contrôles de police. La peur du gendarme, on en revient là.
Pourquoi alors parler d'un tabou sur l'alcool en France ?
Tout d'abord, il est à noter que l'Etat n'a toujours pas mis en place une politique de prévention à l'alcool dans les collèges. Les actions de prévention sont souvent confiées à des associations, dont les moyens sont hétérogènes et dont les personnels sont inégalement formés. Elles ne touchent pas tous les adolescents.
La lutte contre les stupéfiants ou le tabac ont été envisagées sous 3 angles : prévention/ réduction de l'offre/ réduction de la demande. Mais pour l'alcool, la question d'une réduction de l'offre n'a jamais été véritablement posée, en raison du lobby des alcooliers. Deux députés UMP ont d'ailleurs récemment souligner le besoin « d'informer les jeunes adultes des effets bénéfiques du vin-aliment »... je propose dans le même registre d'informer les futurs représentants de la nation sur ceux des pots de vin...
Le vrai problème est que la lutte contre la consommation d'alcool est encore abordée de façon restreinte, soit pour des publics particuliers (les femmes enceintes, les jeunes), soit dans des contextes particuliers (la fête, la conduite automobile) : en réalité, dans les cas où l'effet de la boisson est particulièrement visible.
Le plan gouvernemental 2004-2008 illustre parfaitement de ce biais : il évoque le problème de l'alcool au travail, responsable de 10% des accidents de travail, en une dizaine de lignes en expliquant que la « liste des métiers et situations d'emploi à risques d'accidents [...] doit être actualisée ».
Quant aux violences domestiques dans lesquelles l'alcool est impliqué dans 30% des cas, elles sont balayées en 3 lignes et renvoyées au Plan violences et santé, en cours de préparation. Les effets sociaux de l'alcool, la destruction des relations sociales et des familles qui en découlent, ne sont pas abordés de front.